TOME II
M*"" DE LÜTTICHAU
L’impression que me produisit cette noble femme, sensible et cultivée, est la première de ce genre que j’aie éprouvée de ma vie, et elle aurait eu sans doute une grande influence sur moi s’il m’avait été possible de voir Mme de Lüttichau plus souvent et d’une manière plus intime. J’en étais empêché moins par sa situation de femme du directeur général que par son état maladif permanent et la crainte que j’avais de devenir indiscret et importun. Aussi ne lui faisais-je que de rares visites. Son souvenir se mêle dans ma mémoire à celui de ma sœur Rosaüe. Je n’ai pas oublié la douce ambition qui m’animait d’éveiUer la sympathie de cet être d’élite, qui dépérissait douloureusement dans un entourage des plus rudes. J’eus l’espoir de réaliser mon ambition en voyant l’intérêt qu’elle portait au sort du Fliegender Hollaender, tandis que le public de Dresde se refusait à comprendre cet opéra après Rienzi. EUe fut la première à lutter contre le courant et à venir au-devant de moi dans la voie nouvelle que je suivais. J’en fus si heureux que plus tard, quand je publiai cet ouvrage, je le lui dédiai. Je raconterai la chaleureuse sympathie qu’elle montra pour mon développement et l’influence qu’elle exerça sur mes goûts artistiques intimes à l’occasion de certains incidents qm se passèrent pendant les dernières armées de ma période dresdoise. Cependant des relations suivies ne s’étabhrent pas entre nous et mon genre de vie ne fut pas modifié par cette amitié, si importante en soi pourtant.
Les rapports avec le monde du théâtre prirent la première place dans mon existence, et même après mes grands succès, j’avais dû me contenter de la sphère fami-