FESTIVAL ; « LES AGAPES DES APÔTRES
siégeant en permanence. A cause de sa violente ardeur, je donnai à Loewe le surnom de Robespierre.
Quoique me trouvant aussi à la tête de Tentreprise, je pus heureusement échapper au terrorisme de Lœwe : j’étais suffisamment occupé par une grande composition que j’avais promise pour le concert de la fête. On m’avait chargé de fournir une pièce pour chœur d’hommes, qui devait durer l’espace d’une demi-heure. Je compris que la monotonie fatigante des voix masculines dans laquelle l’orchestre seul mettait un peu de variété ne serait rendue supportable que par l’emploi de quelques motifs dramatiques. Je construisis donc de grandes scènes chorales célébrant la Pentecôte avec la descente du Saint- Esprit sur les apôtres. Le tout s’exécutait sans aucun solo et ne reposait que sur l’effet de masse des différents chœurs, ainsi que l’exigeait le but de l’entreprise. Cette composition devint les Agapes des Apôtres, qu’on a récemment chantée par-ci par-là et que je mets au rang des ouvrages d’occasion, vu le peu de temps que j’ai pu y consacrer. J’étais assez satisfait de mon œuvre, surtout pendant les répétitions, où je dirigeais seul les chœurs d’hommes de Dresde. Mais lorsque, pour l’exécution générale, j’eus devant moi, dans l’église Notre-Dame où le concert avait lieu, douze cents chanteurs venus de toute la Saxe pour l’exécution de ma composition, je fus surpris de l’effet relativement peu considérable qui frappa mon oreille et que produisit cette foule énorme. Je constatai alors la folie de ces entreprises monstrueuses de musique vocale et, pour l’avenir, elles m’inspirèrent une répulsion définitive.
NAUGURATION DU MONUMENT DE FRÉDÉRIC-AUGUSTE 6g
Je ne réussis qu’à grand’peine à me débarrasser de la « Liedertafel » et n’y arrivai qu’après avoir eu la chance d’amener au professeur Lœwe un ambitieux de son espèce, M. Ferdinand Hiller. Je parlerai plus tard de la translation des cendres de Weber, l’action la plus glorieuse que j’aie accomplie avec le concours de cette société. Pour le ipoment, je me contenterai de signaler une autre composition occasionnelle due à mes fonctions de maître de chapelle royal.
Le 7 juin de cette année (1843), on inaugura au « Zwinger » (i), avec toute la pompe voulue, le monument du roi Frédéric-Auguste, sculpté par Rietschl. Nous eûmes l’honneur, Mendelssohn et moi, d’être chargés de la composition d’une cantate ainsi que de la direction du festival musical. J’écrivis un simple choeur pour hommes, à tendances modestes, tandis qu’à Mendelssohn incombait la tâche difficile d’intercaler le God save the king (en allemand : Heü dir im Rautenkranz) dans le morceau qu’il devait composer. Il voulut en venir à bout par un tour de force de contrapontiste, grâce auquel, à partir des huit premières mesures, sa mélodie originale était accompagnée par les cuivres qui jouaient l’air anglo-saxon. Mon chant sans prétention semble avoir produit de loin un assez bon effet, tandis que la tentative hasardeuse de Mendelssohn échoua complètement. A ce que j’ai appris, nul ne comprit pourquoi le choeur ne chantait pas l’air que jouaient les instruments de cuivre. Mendelssohn, qui avait assisté au concert, me fit cependant parvenir
(i) Palais qu’habite le roi à Dresde,