LE POÈME DE « TANNHÂUSER » ACHEVÉ
des remerciements écrits sur la façon dont j’avais veillé à l’exécution de sa composition ; du haut comité de la fête, je reçus une tabatière en or dont la valeur devait sans doute correspondre à celle de ma cantate, mais où l’on avait gravé un sujet de chasse avec si peu de soin qu’à mon grand étonnement, je trouvai le métal percé en divers endroits.
Malgré les distractions que m’apportait le grand changement de mon existence, je m’efïorçais de ne pas me laisser influencer par elles et, écoutant l’expérience que m’avaient donnée mes succès, je me recueillais et m’affermissais. En mai déjà, à mon trentième anniversaire, j’avais achevé le poème de mon Venusherg (c’est le nom que je donnais alors à Tannhàiiser). A cette époque, je^ n’étais pas arrivé encore à étudier véritablement la poésie du moyen âge ; je n’en connaissais le caractère classique que par mes souvenirs de jeimesse et aussi par les communications toutes superficielles que je devais à Lehrs, à Paris. Ma position stable sous la protection royale me mettait dans la possibilité de me créer un intérieur tranquille, ce qui, à mes yeux, était de grande importance, car j’espérais ainsi pouvoir reprendre d’après un plan bien établi des études qu’avaient interrompues presque totalement ma vie de théâtre et mes années de misère parisienne. Cet espoir se confirma par le caractère de mes occupations officielles : je ne fus jamais surchargé de travail et sous ce rapport la direction générale usa envers moi de ménagements exceptionnels. Quoique engagé depuis quelques mois seulement, on m’accorda dès ce même été un congé de repos et j’allai le passer à Tœplitz, lieu pour lequel