INSTALLATION D’UNE BIBLIOTHÈQUE
son beau cadre gothique, c’est la seule pièce dont je ne me sois pas séparé jusqu’à présent.
Mais ce qui me retenait surtout au logis et me donnait le sentiment d’être chez moi, c’était une bibliothèque que je me procurai d’un seul coup d’après le plan de mes études. A l’écroulement de ma situation à Dresde, cette bibliothèque passa d’une singulière façon aux mains de M. Henri Brockhaus. Je lui devais alors cinq cents tha- 1 ers et pour se couvrir de cette créance, que ma femme ne soupçonnait pas, il fit saisir, sans qu’elle le sût, mon intéressante collection ; je ne pus jamais rentrer en sa possession. La littérature de l’ancien allemand y était richement représentée, de même que celle du moyen âge dont Je m’étais procuré bien des œuvres de prix, entre autres le rare et vieux Roman des douze Pairs, Il s’y trouvait aussi de bons ouvrages historiques sur le moyen âge et sur le peuple allemand en général ; j’avais de plus veillé à me pourvoir de la littérature poétique et classique de toutes les époques et de tous les pays. Les poètes italiens y avaient leur place à côté de Shakespeare et des écrivains français ; je ne comprenais les mis et les autres que difficilement, mais j’avais acquis les textes originaux dans l’espoir de trouver le temps d’apprendre encore à fond les langues dont j’avais négligé l’étude. Quant à l’antiquité grecque et romcdne, je me contentai de nos traductions devenues classiques. Avec Homère déjà, acheté en grec, j’avais constaté qu’il me faudrait trop de loisirs pour recouvrer mes anciennes connaissances linguistiques. En outre, désirant réimir un ensemble complet d’ouvrages d’histoire, je n’avais pas