‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 56 sur 276 · COMPOSITION DU PREMIER ACTE DE « TANNHÀUSER · texte numérisé non relu

COMPOSITION DU PREMIER ACTE DE « TANNHÀUSER

hésité à me procurer les bouquins les plus volumineux.

Ainsi équipé, il me sembla que j’étais en mesure de braver tous les déboires qui m’attendaient dans mes nouvelles fonctions et, rempli de l’espoir de jouir longuement et tranquillement du foyer enfin acquis, j’entrai en octobre 1843 dans mon appartement. S’il n’était pas somptueux, il avait du moins fort bonne apparence.

Les premiers moments de loisir que me laissèrent ma charge de directeur et les études httéraires auxquelles je me livrais avec joie, furent consacrés à la composition du Tannhàuser dont le premier acte fut achevé dès janvier 1844. L’hiver de cette année-là, qui ne m’a laissé aucun souvenir marquant sur mon activité à Dresde, se distingue par deux entreprises qui me conduisirent, la première, au début de janvier, à Berlin pour l’exécution de mon Fliegender Hollaender, la seconde, en mars, à Hambourg, pour Rienzi.

Je me rappelle vivement les impressions que je reçus de ce premier voyage. L’intendant du théâtre de Berhn, M. de Küstner, m’avait fait parvenir la nouvelle inattendue d’une prochaine représentation du Fliegender Hollaender. Le bâtiment de l’Opéra ayant brûlé à peu près un an auparavant, il n’était pas encore possible d’y jouer; j’avais pensé attendre tranquillement sa réouverture et n’avais en aucune façon rappelé mon oeuvre au souvenir de l’intendance berlinoise.

La pauvre mise en scène de Dresde m’avait prouvé de quelle importance était pour mon drame maritime une représentation soignée et préparée jusque dans ses moindres détails; j’avais donc compté spécialement sur

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les répétitions consciencieuses et les excellents moyens de décoration du théâtre de Berlin; aussi fus-je extrêmement irrité de voir mon opéra servir de bouche-trou dans la salle intérimaire de la Comédie. Mais il était inutile de réclamer; on m'avait prévenu, non pas qu'on allait commencer l'étude de la composition, mais bien qu'elle était prête à être jouée, et cela dans peu de jours. Cette décision me faisait entendre que ma pièce était condamnée à passer seulement sur la scène berlinoise sans y demeurer, car on ne pouvait supposer que, le futur opéra terminé, les décors seraient renouvelés. On me dora la pilule en plaçant les représentations du Fliegender Hol^laender à l'époque où Mme Schrœder-Devrient viendrait en assez longue tournée à Berlin ; on supposait bien que je serais heureux d'avoir la célèbre artiste pour interprète. Mais je devais me dire aussi que le choix du Fliegender Hollaender n'était qu'un expédient : on était embarrassé parce que le répertoire de la Devrient se composait presque exclusivement des soi-disant grands opéras (de Meyerbeer surtout) et qu'on réservait ceux-ci pour les brillantes représentations qu'on donnerait dans le nouveau bâtiment.

Je reconnus ainsi que l'intendance de Berlin enregistrait mon œuvre sous la rubrique des « opéras de maître de chapelle » et je prévoyais pour elle la destinée habituelle de ces sortes de compositions. La façon dont on nous traita, moi et mon Fliegender Hollaender, confirma cette supposition décourageante. Cependant, par égard pour Mme Schrœder-Devrient et son concours, je combattis ce pressentiment pénible et me rendis à Berlin afin

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