‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 57 sur 276 · EXÉCUTION DE L’OPÉRA · texte numérisé non relu

EXÉCUTION DE L’OPÉRA

de contribuer de mon mieux à la réussite de la représentation. J e reconnus immédiatement combien ma présence y était nécessaire. Le pupitre de directeur était occupé par un certain Henning (ou Henniger),qui par droit d’ancienneté était arrivé, du rang de simple exécutant, à celui de maître de chapelle, de sorte qu’il n’entendait pas grand’chose à la direction d’un orchestre en général et rien du tout à mon opéra en particulier. Je pris sa place et dirigeai la répétition générale et deux représentations dans lesquelles, cependant, Mme Schrœder-Devrient ne parut pas. La faiblesse des instruments à cordes, qui rendait vulgaire la sonorité de l’orchestre, me causa bien du chagrin, mais les acteurs me surprirent agréablement par leur talent autant que par leur zèle. Je fus très satisfait aussi de la mise en scène, parfaite sous les ordres de l’intelligent régisseur Blum et de ses machinistes exercés et ingénieux. Dans ces conditions encourageantes pour moi, j’étais très curieux de savoir l’effet que produirait sur le public berlinois la représentation définitive.

Ce qui m’arriva dans cette circonstance fut bien bizarre. Il est probable que les nombreux auditeurs ne se posaient qu’une seule question. De quelle façon allait-on me trouver mauvais? Au cours du premier acte, l’opinion générale parut être que j’appartenais au genre ennuyeux : aucune main ne bougea et l’on m’a assuré ensuite que ç’avait été une vraie chance, car la moindre tentative d’applaudissement eût été considérée comme venant d’une claque payée et aurait été combattue vivement. M. de Küstner m’a dit plus tard qu’il avait admiré ma contenance.

78 PREMIÈRE DU « FLIEGENDER HOLLAENDER

lorsque, sortant de l’orchestre et malgré l’absence de toute marque d’approbation, j’étais allé me montrer sur la scène. C’est que j’étais satisfait de la représentation. N’attendant l’effet décisif qu’au deuxième acte, j’étais bien résolu à ne pas me laisser décourager ; je n’avais d’autre souci que de veiller à la bonne exécution de mon œuvre et ne songeais guère à la tenue des Berlinois. Et en vérité, la glace fut rompue. Le public renonça à m’enregistrer sous une rubrique quelconque et, à la fin de l’acte, se laissa emporter par un enthousiasme croissant. Je dus répondre aux appels impétueux des spectateurs et exécuter en compagnie de mes interprètes les saints habituels de remerciement.

Le troisième acte était trop court pour que l’ennui eût le temps de se manifester et, l’effet scénique étant de plus neuf et saisissant, des bravos fougueux et répétés s’élevèrent à la fin de la représentation, nous faisant croire à une véritable victoire.

Mendelssohn se trouvait alors à Berlin avec Meyerbeer pour les affaires de la direction générale de musique ; d’une loge d’avant-scène, il avait assisté à la représentation et, le visage pâle, suivi la marche des événements. La pièce jouée, il s’approcha de moi et murmura d’un ton d’indifférente bonhomie : « Eh bien, vous avez le droit d’être content. » Je le vis plusieurs fois pendant mon court séjour à Berlin ; je passai même une soirée chez lui pour entendre de la musique de chambre, mais jamais il ne prononça un mot de plus sur le Fliegender Hollaender, Il se contenta de s’informer quand aurait lieu la seconde représentation et si Mme Schrœder-

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