CHEZ HERMANN BROCKHAUS A LEIPZIG
s'était accrue de deux filles et la vue de ce calme bonheur, qu'augmentaient une saine actmté intellectuelle et un vif intérêt pour toutes les aspirations d'ordre supérieur, me remplit d'une douloureuse émotion, moi, le vagabond inquiet et pourchassé. Un soir que ma sœur, s'étant occupée de ses charmants enfants bien élevés et leur ayant tendrement recommandé de dormir, était revenue nous trouver dans la grande bibliothèque si riche de livres et si confortable où nous nous étions installés pour souper et passer quelques heures de causerie intime, j'éclatai tout à coup en sanglots. Mon excellente sœur, qui avait connu cinq ans auparavant toute la misère de mon mariage prématuré, parut me comprendre.
Grâce à l'initiative de mon beau-frère Brockhaus, ma famille m'offrit alors un prêt qui devait m'aider à attendre la première de mon Rienzi à Dresde. On me fit cette proposition en m'assurant qu'on ne croyait que remplir un devoir envers moi et que je ne devais pas hésiter à l'accepter. C'était deux cents thalers qui me seraient payés par acomptes, six mois durant. Comme je n'avais aucune autre ressource en perspective, il était clair que Minna devait faire preuve d'un grand talent de ménagère pour arriver à s'en tirer avec ce subside, mais enfin cela semblait-possible^et je rentrai à Dresde avec un sentiment^de grande satisfaction.
Dans le cercle de mes parents, j'avais joué et chanté pour la première fois d'un bout à l'autre mon Fliegender Hollaender et je crus avoir éveillé un certain intérêt pour ma pièce. Lorsque, plus tard, ma sœur Louise assista à une représentation de l'opéra à Dresde, elle se plaignit