‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 60 sur 276 · RIENZI » A HAMBOURG · texte numérisé non relu

RIENZI » A HAMBOURG

affaires, il avait besoin d’une pièce à succès pour se remettre à flot et qu’il croyait l’avoir trouvée en Rienzi, car il l’avait vue à Dresde. Je me mis donc en voyage au mois de mars, chose assez pénible à cette époque : de Hanovre, il fallait faire le voyage en poste et traverser, non sans quelque danger, l’Elbe qui charriait des glaçons.

La ville de Hambourg était en reconstruction; un grand incendie venait de la détruire et, dans son centre, il y avait encore de larges espaces couverts de décombres. Le froid et le ciel toujours gris furent cause que je n’ai gardé de ce séjour assez long qu’un souvenir presque odieux. Aux répétitions, les moyens scéniques incomplets dont on disposait à Hambourg et qui ne consistaient pour ainsi dire qu’en un fatras de vulgaires oripeaux, m’irritèrent à tel point, que je passai tous mes instants de repos dans ma chambre d’hôtel solitaire ; avec cela, j’étais épuisé et constamment refroidi. Je refis mes anciennes et pires expériences sur le genre théâtral superficiel.

Il m’était pénible surtout de devenir le complice involontaire des plus basses tendances du sieur Cornet. Il ne voulait qu’une chose : épater le public, et ce succès; à son avis, devait être avantageux pour moi, car en dehors d’honoraires mesquins, il me promettait les tantièmes à venir. La dignité de la mise en scène, qu’il ne comprenait absolument pas, fut sacrifiée au plus ridicule clinquant et il crut avoir assuré le succès de la pièce en organisant des espèces de défilés dont les exécutants étaient affublés de tous les restes de fournitures ayant servi aux ballets et aux féeries ; il lui suffisait de faire mouvoir

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