‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 61 sur 276 · UN BEAU PERROQUET · texte numérisé non relu

UN BEAU PERROQUET

beaucoup de couleurs et de personnages sur les planches. Dans tout cela, ce qu'il y avait de plus désolant était encore d'entendre le chanteur du rôle principal, un vieux ténor bouffi et sans voix, M. Wurda, qui jouait Rienzi à la façon dont il donnait son personnage favori Elvino dans la Somnambule. Il était si détestable que je fus tenté de faire crouler le Capitole dès le second acte, afin de l'enterrer sous les ruines et d'empêcher en même temps le directeur d'exhiber différents cortèges qui lui tenaient à cœur.

Une seule cantatrice me rendit l'espoir et me charma par le feu qu'elle mit dans le rôle d'Adriano. C'était Mme Fehringer, la même qui, plus tard, et sa voix déchnant déjà, fut choisie par Liszt, à Weimar, pour chanter Ortrude dans Lohengrin. De telles conditions étaient pitoyables et me désolaient. Cependant il n'en résulta pas d'échec et la direction espéra conserver Rienzi au répertoire jusqu'au moment où Tichatschek pourrait venir en donner une véritable idée aux Hambourgeois ; ce qui effectivement eut heu l'été suivant. M. Cornet s'aperçut de mon découragement et de ma mauvaise humeur et, comme il avait appris que je désirais rapporter un perroquet à ma femme, il s'arrangea pour qu'un fort bel exemplaire de cette espèce d'oiseau me fût offert en bénéfice. A mon triste retour, je l'emportai dans sa cage étroite et fus très touché du prompt attachement dont cette bête paya mes soins. Minna me reçut les bras ouverts, car ce beau perroquet était pour elle la preuve palpable que j'arriverais à quelque chose en ce monde.

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