PUBLICATION DES ŒUVRES
Nous possédions déjà un très joli petit chien, né à Dresde, chez notre propriétaire, le jour de la première répétition de Rienzi; sa passion pour moi et d’autres qualités exceptionnelles le faisaient aimer de tous ceux qui fréquentaient notre maison. L’aimable oiseau qui n’avait aucun défaut et qui se montra fort docile, vint animer encore plus notre intérieur et remplacer les enfants qui manquaient. Ma femme lui apprit les airs principaux de Rienzi et le joyeux animal ne tarda pas à les siffler lorsque, de loin déjà, il m’entendait monter l’escalier. Mon foyer semblait donc établi aussi bien que possible pour une existence heureuse.
Je n’eus plus à faire d’autres voyages pour les représentations de mes opéras, pour la simple raison que d’autres offres de les jouer ne me parvinrent plus. Je dus constater que mes œuvres ne se répandaient que fort lentement et m’imaginai que la cause en provenait de ce qu’aucun arrangement pour piano ne les popularisait. Je crus donc bien faire en m’occupant énergiquement et à tout prix de leur publication. Afin de me réserver le profit très nécessaire de la vente, j’eus l’idée d’en établir l’édition à mes frais et m’entendis pour cela avec le libraire musical de la cour, F. Meser, qui n’avait, jusqu’alors, su lancer que quelques valses.
Par contrat, il devint l’éditeur nominal de mes œuvres ; en réalité il n’en était que le courtier et ne touchait qu’un bénéfice de lo pour loo. Moi, j’avais à fournir le capital représentant les frais d’impression. Ces frais étaient fort considérables, car il s’agissait de deux opéras, dont l’un exceptionnellement long. Pour que l’affaire devînt avan-
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tageuse, il fallait d’autres arrangements encore, outre la réduction pour piano. Donc, afin de réaliser les gains que je souhaitais et avec lesquels je pensais acquitter mes débours et mes dettes, j’avais besoin de moyens assez élevés. Mme Schrœder-Devrient se trouvant alors à Dresde (Pâques 1844, époque à laquelle elle reprenait son engagement), je lui confiai mon projet et ses motifs.
Elle croyait à l’avenir de mes œuvres. Elle comprit ma situation, se convainquit de la justesse de mes calculs et, sans y voir un sacrifice quelconque de sa part, se déclara prête à m’avancer les fonds nécessaires à l’édition de mes opéras. Elle devait prendre cette somme sur sa fortune placée en rentes sur la Pologne et me demanda simplement de lui payer des intérêts équivalents. Tout cela avait l’air si net et s’arrangeait si facilement que je me mis sur-le-champ en rapports avec un graveur de Leipzig et m occupai de faire publier mes opéras.
Les travaux exécutés selon mes ordres s’étaient élevés à une assez forte somme, quand je demandai à mon amie une première avance de fonds. Mais la célèbre artiste était arrivée à une phase de sa vie absolument inattendue et très funeste pour moi. Ayant rompu complètement avec le malheureux M. de Münchausen, elle était retournée pleine de repentir à son ancienne liaison, mon ami Hermann Müller, mais sans plus y trouver, semble-t-il, de véritable satisfaction. .Alors, elle crut découvrir le nouvel astre de sa vie en la personne d’un autre lieutenant de la garde et, dans sa fougue habituelle, elle trahit avec une facilité épouvantable son premier ami pour se jeter à la tête d’un jeune beau dont l’incapacité morale et Intel-