‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 63 sur 276 · SOUCIS D’ARGENT · texte numérisé non relu

SOUCIS D’ARGENT

lectuelle n’était inconnue de personne. Elle pensait clore avec lui sa vie amoureuse, mais lui considérait avec un tel sérieux le bonheur qui lui arrivait, qu il n entendit pas plaisanterie et s’empressa avant tout de faire main basse sur la fortune de sa future épouse. Il la trouvait mal et peu sûrement placée et voulait la faire valoir. Mon amie dut alors m’expliquer, avec beaucoup de confusion et d’embarras, qu’elle n’était plus en état de remplir sa promesse.

Ce revirement me plongea dans un abîme de soucis et d’inquiétudes qui dès lors régnèrent constamment sur mon existence et apposèrent une malheureuse empreinte sur toutes mes entreprises. Il ne m’était plus possible d’annuler mon marché avec le graveur ; pour arriver à un dénouement avantageux, je devais tant bien que mal continuer la publication commencée et garder l’espoir de la réussite. Il me fallut donc m’adresser à des amis et enfin, pressé par la nécessité, emprunter à courte échéance et à des usuriers l’argent qui me servit à éditer mes deux opéras, auxquels je joignis le Tannhdusej'. Je donne ces détails pour expliquer la catastrophe vers laquelle je marchais sans pouvoir m’arrêter, car au début le désespéré de ma situation se dissimulait encore ; je savais avec quelle lenteur les nouveautés se faisaient jour sur les théâtres allemands et tout me portait à croire que mes opéras finiraien t pourtant par acquérir de la popularité. Si j’avais eu des contrariétés à Berlin et à Hambourg. U m’arrivait aussi quelques encouragements. Avant tout, Rienzi continuait à rester en faveur à Dresde et l’auditoire, qui s’augmentait en été de nombreux voyageurs, était

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