‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 64 sur 276 · AMICAL ENTHOUSIASME DE LISZT · texte numérisé non relu

AMICAL ENTHOUSIASME DE LISZT

alors considérable. Comme mon opéra ne pouvait encore être entendu nulle part ailleurs, les étrangers venus à Dresde des pays allemands et autres le réclamaient toujours, et toujours aussi Taccueillaient avec satisfaction. De sorte qu’une représentation de Rienzi, même en été, ressemblait sans cesse à une festivité enivrante dont l’effet m’encourageait. Une fois, Liszt fut parmi ces voyageurs de passage, et Rienzi ne se trouvant pas au répertoire à cette époque-là, il avait par ses prières instantes obtenu de la direction ^'générale ime représentation spéciale de cet opéra. Pendant la soirée, je le rencontrai dans la loge de Tichatschek et je fus chaleureusement ému de l’assurance catégorique avec laquelle il me témoigna son approbation et son admiration. Liszt menait alors ime existence singulière qui le maintenait constamment dans un milieu de distractions et s’opposait à un rapprochement sérieux entre nous. Mais, à partir de ce moment, je reçus souvent de lui des témoignages de l’impression durable qu’il avait eue de moi. Il me donna aussi des preuves de son active sympathie : tantôt d’ici, tantôt de là m’arrivaient des gens des cercles les plus aristocratiques qui demandaient à entendre Rienzi, parce que, d’après ce que Liszt leur en avait dit et ce qu’il leur en avait sans doute joué dans une de ses tournées triomphales, ils s’attendaient à quelque chose de tout à fait remarquable.

A ces démonstrations d’amical enthousiasme de la part de Liszt se joignaient d’autres témoignages véritablement cordiaux. Peu de temps après l’étonnante déclaration de sympathie que m’avait faite Werder au milieu de la nuit, je reçus l’épanchement épistolaire d’une per-

ALWINE FROMMANN

sonne totalement inconnue et qui devint plus tard ma fidèle amie, Alwine Frommann. Après mon départ de Berlin, elle avait entendu deux fois Mme Schrœder- Devrient dans mon Fliegettâcr Hollaender et la lettre dans laquelle elle m’ouvrit son cœur siu: l’émotion que lui avait procurée cette œuvre me fit connaître pour la première fois l’énergie convaincue d’une admiration dont le plus grand maître ne saurait être l’objet sans en ressentir une influence importante sur son âme, car la nécessité de croire en soi-même est im besoin de l’artiste.

De cette année-là, il ne m’est resté aucun souvenir saillant de mon activité de maître de chapelle, à laquelle je m’habituai peu à peu. Pour fêter mes débuts, on m’avait donné à diriger, comme une sorte de preuve de distinction, VArmide de Gluck qui fut jouée en mars 1843, avant l’absence périodique de Mme Schrœder-Devrient. Cette représentation reçut un certain poids du fait que Meyerbeer débutait avec le même opéra dans ses fonctions de directeur général de musique à Berlin, et c’était de Berlin précisément que provenait le respect tout spécial qu’on professait pour l’œuvre de Gluck. On me raconta que Meyerbeer était allé chez Rellstab avec la partition afin de se faire expliquer la véritable manière de l’interpréter.

Peu de temps après, j’apprenais une singuhère histoire de candélabres d’argent. Le célèbre compositeur s’en était servi, paraît-il, pour éclairer le critique non moins célèbre dans l’examen de sa partition du Camp de Silésie. Aussi n’attribuai-je pas grande importance aux conseils qu’il donna à propos de VArmide. Je me fiai à mon propre tact pour mettre, par des nuances variées, un peu de souplesse

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