L’ M ARMIDE » DE GLUCK
dans cette œuvre si gourmée, qu*au demeurant j'avais soigneusement étudiée. Dans la suite, j’ai reçu à ce propos de l’éminent gluckiste, M. Édouard Devrient, ime approbation qui m’a été précieuse. Ayant assisté à une de nos représentations, il la compara à celle de Berlin et loua vivement la mobilité gracieuse de certaines de nos parties qui, dans l’interprétation berlinoise, avaient été d’une grossière lourdeur. Il fut surtout frappé par un petit chœur de nymphes au troisième acte (en ut majeur) auquel, grâce à un mouvement modéré et à un piano délicat, j’avais enlevé la rudesse antique qu’on lui avait laissée à Berlin, sans doute par fidélité à l’histoire. Pour rompre la raideur pénible de l’orchestration, j’usai d’un moyen innocent en modifiant avec soin le mouvement du « basso continuo» se développant indéfiniment par quartes; j’y remédiai par un jeu tantôt « legato », tantôt « pizzicato ». La direction avait consacré de grandes sommes aux décors et le spectacle fit d’assez bonnes salles.
Comme, d’autre part, VIphigénie en Tauride, d’une valeur supérieure, se jouait devant des fauteuils vides malgré le chant admirable de la Devrient, j’acquis le renom d’être un directeur approprié à Gluck et lui tenant de près.
Il me fallut me nourrir longtemps de cette gloire, car bon gré, mal gré je dus très souvent diriger de bien médiocres représentations du répertoire, même de Mozart ; leur vulgarité était d’autant plus pénible â ceux qui, ayant vu ce que j’avais fait de VArmide, venaient au théâtre avec un espoir particulier. Même des auditeurs de mes amis se figurèrent que Mozart ne m’intéressait guère et que je ne le comprenais pas • ils ne se rendaient pas