‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 67 sur 276 · MENDELSSOHN ET LA HUITIÈME SYMPHONIE · texte numérisé non relu

MENDELSSOHN ET LA HUITIÈME SYMPHONIE

remarque qu’il tombait dans le défaut habituel à tous ceux^qui interprètent cet ouvrage ; il donnait au « tempo di minuetto » de la troisième partie un mouvement de valse irréfléchi. j^Non seulement l’œuvre entière en perdait son caractère‘imposant, mais le trio devenait ridicule par l’impossibilité où se trouvaient les violoncelles de suivre avec cette rapidité. J’en avais fait la remarque à Reissiger ; il avait partagé mon avis et promis de prendre a l’audition le véritable temps de menuet, que je lui avais indiqué. Je racontai la chose à Mendelssohn qm se trouvait à côté de moi dans une loge et se reposait d’avoir dirigé son PaM/MS. en écoutant la symphonie. Il me donna raison et déclara qu’il devait en être comme je disais. La troisième partie commençait justement, mais Reissiger, incapable d’imposer tout d’un coup un changement de mouvement à son orchestre, suivit sa vieille habitude et joua le « tempo di minuetto » comme une valse. J’allais en exprimer mon mécontentement, lorsque Mendelssohn me fit signe d’un air aimablement satisfait : il s imaginait que je devais l’être aussi et que je n’avais pas entendu ma remarque autrement. Je fus si étonné de ce manque absolu de sentiment musical chez le célèbre compositeur que je restai interdit et me formai dès lors un jugement particulier sur lui.

Ce jugement me fut confirmé plus tard par Robert Schumann : il me témoigna sa satisfaction sur le mouvement que je donnais à la première partie de la neuvième symphonie de Beethoven. A Leipzig, sous la direction de Mendelssohn, ü avait dû l’entendre chaque année jouée avec une accélération de vitesse qui la gâtait absolument.

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