‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 68 sur 276 · LA « SYMPHONIE PASTORALE · texte numérisé non relu

LA « SYMPHONIE PASTORALE

j attendais en soupirant les rares occasions où, dans mes fonctions, il m’était permis d’agir selon l’esprit de nos grands maîtres; mais, la plupart du temps, j’étais condamne à vivre dans le mécontentement où me jetait le répertoire ordinaire de notre théâtre. Une de ces heureuses occasions me fut offerte au concert du dimanche avant Pâques 1844, quand je revins de ma désagréable expédition de Hambourg.

Je fus chargé de diriger la Symphonie pastorale. Ces auditions du dimanche des Rameaux, alors renommées présentaient encore bien des défauts auxquels on ne pouvait remedier que par mille ruses. C’était, entre autres le placement des musiciens. L’orchestre entourait le chœur des chanteurs en deux minces rangées semi-circulaires, et cette disposition me paraissait si extraordinairement défectueuse qu’il me fallut les explications de Reissiger pour la comprendre. Cet absurde arrangement datait encore du défunt maître de chapelle Morlacchi qui, compositeur Italien d’opéras, méconnaissait natureUement I importance et les besoins de l’orchestre. Quand je demandai pourquoi on lui avait permis de régenter dans un domaine où il n’entendait rien, on m’apprit que de tout temps et même vis-à-vis de C.-M. de Weber, les taliens avaient eu la faveur de la cour et de la direction genéraJe : jiulle contradiction n’était admise et maintenaut encore on avait les plus grandes difficultés à se défaire des mauvaises habitudes qu’ils avaient laissées en entage. En haut lieu, on était toujours persuadé que Morlacchi avait dû savoir les choses mieux que personne. Mes impressions d’enfance sur l’eunuque Sassaroli me

Page 1