‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 69 sur 276 · OVATIONS AU ROI DE SAXE EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

OVATIONS AU ROI DE SAXE EN ANGLETERRE

revinrent à Tesprit et je songeai aux exhortations de la veuve de Weber et à Timportance qu*elle attachait à ce que je devinsse le successeur de son mari. Cependant, et malgré tout, l’exécution de la Symphonie pastorale réussit au delà de toute attente et la jouissance incomparable et merveilleuse que je goûtai à m’occuper depuis lors des œuvres de Beethoven m’anima d’une puissance rénovatrice. Rœckel partagea intimement cette joie ; toujours à mes côtés, il me soutint de l’œil et de l’oreille dans toutes les répétitions, pensant et dirigeant avec moi.

Outre cet heureux succès, j’eus la chance de concevoir ce même été une entreprise qui devait me satisfaire parfaitement. Si elle n’avait pas grande importance musicale, elle ne manqua pas de signification sociale. Le roi de Saxe allait revenir d’un long voyage qu’il avait fait en Angleterre. Dès ma jeunesse, j’avais éprouvé pour lui une sympathie particulière, même lorsqu’il n’était que le prince Frédéric. Aussi les rapports qu’on publiait sur son séjour d’outre-mer exaltaient-ils mes sentiments patriotiques. Ce souverain modeste, auquel répugnaient la pompe et le faste, s’était, par hasard, trouvé en Angleterre au moment de la visite imprévue de l’empereur Nicolas. On avait organisé en l’honneur de celui-ci des fêtes somptueuses et des revues militaires, et notre roi avait dû y assister malgré lui. Or, le peuple anglais, pour mieux marquer son antipathie contre le tsar, s’était livré à des démonstrations enthousiastes en faveur du roi de Saxe. Les journaux marquèrent avec intention la tendance de ces sentiments et il nous parut que de l’Angleterre^ soufflait vers la petite Saxe un vent flatteur et

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