‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 71 sur 276 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

98 ÉMOTION DE LÜTTICHAU

sûreté qu'elle eut l'apparence d'une mcinœuvre théâtrale étudiée avec soin. Arrivés dans la cour du château, nous trouvâmes sur le gazon des tables qui, par les soins de la reine, avaient été chargées d'une copieuse collation. Par les fenêtres du bâtiment, la royale hôtesse veillait en personne au bien-être de ses invités.

Tous les yeux rayonnaient et se tournaient vers moi pour me féliciter ;un peu plus, et l'on se fût cru en Paradis. Après avoir parcouru en groupes nombreux les charmants environs du château, entre autres Keppgrund que je connaissais et que j'aimais depuis ma jeunesse, nous retournâmes à Dresde très tard dans la soirée et dans les meilleures dispositions possibles. 4^

Le lendemain, j'étais de nouveau convoqué à la direction générale, et au moment où j'allais réitérer mes excuses à M. de Lüttichau pour l'alarme que je lui avais causée, ce long homme maigre, au visage sec et dur, me prit la main, et me dit qu'il ne pouvait plus être question de cela ; que j'étais un grand homme qui serait encore aimé et admiré lorsque nul ne se souviendrait plus de lui, Lüttichau. Et sa physionomie prenait une expression que sans doute nul autre que moi ne connut jamais.

Profondément ému de cette déclaration inattendue, j'essayai d'exprimer ma confusion, mais lui m'interrompit amicalement avec une familiarité bienveillante; il s'efforça de dominer son trouble personnel, et s'étendit en souriant sur l'abnégation dont j'avais fait preuve en cédant la place d'honneur, qui me revenait, à Reissiger qui n'y avait aucun titre.

Quand je l'assurai que je ne m'étais senti véritablement

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