‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 72 sur 276 · SÉJOUR D’AUTOMNE DANS LE VIGNOBLE · texte numérisé non relu

SÉJOUR D’AUTOMNE DANS LE VIGNOBLE

satisfait qu’après être parvenu à persuader à mon collègue de prendre la direction de Taubade, il répondit qu^l me comprenait fort bien, mais qu^il concevait d'autant moins Reissiger de s'être laissé mettre à une place qui ne devait pas être la sienne. Dès lors les sentiments de Lüttichau me demeurèrent longtemps si favorables que, même en affaires, il régna entre nous un ton d'intimité. Quoique plus tard nos rapports se tendissent et finissent par prendre un caractère d'inimitié officielle, cet homme singulier conserva toujours pour moi une sorte de tendresse qui donnait à ses récriminations les plus violentes l'air de plaintes de l'amour incompris.

Cette année-Jà, je pris mes vacances au commencement de septembre et m'installai un peu tard sur le coteau de vignes de Fischer, non loin de Loschwitz et près des fameux vignobles de Findlater. Stimulé et fortifié par un séjour de six semaines au bon air, je composai jusqu'au 15 octobre la musique du deuxième acte de Tannhâuser, A la même époque, on donna une représentation de Rienzi pour laquelle je revins à Dresde et dont le pubhc n'était pas de piètre valeur : sur la tribune de l'amphithéâtre se voyaient en même temps Spontini et Meyerbeer ainsi que l'auteur de l'hymne national russe, le général Lwoff. Je ne cherchai pas à savoir l'impression que mon opéra avait produite sur ces grands musiciens, bien capables de me juger; je me contentai de la satisfaction que j'éprouvais de leur avoir présenté mon oeuvre devant une salle comble, prodigue d'applaudissements. A la fin de la soirée, je me réjouis de revoir mon petit chien Peps, qu'on m'apporta au théâtre. Pour me rejoindre.

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