ARRIVÉE DE SPONTINI
notre inquiétude ; elle, qui connaissait Spontini, se mit à rire comme une folle de Timprudence avec laquelle nous nous étions lancés dans cet engagement. Comme elle était im peu indisposée, elle pensa que ce motif pourrait servir à retarder suffisamment la représentation ; Spontini avait insisté pour qu’elle eût lieu le plus tôt possible : il était attendu impatiemment à Paris et n’avait que peu de temps à nous consacrer. Je m’emparai donc de cet expédient et fabriquai là-dessus un tissu de mensonges innocents qui devaient amener le compositeur à renoncer définitivement à notre invitation.
La lettre partie, nous respirâmes, soulagés, et nous nous mîmes à répéter tranquillement, arrivant ainsi sans inquiétude à la veille de la répétition générale. Mais ce jour-là, vers midi, une voiture s’arrêta devant ma porte et j’en vis sortir, vêtu d’une redingote de bure bleue, très agité et sans aucune suite, l’orgueilleux musicien qui d’ordinaire ne se montrait que drapé dans la dignité d’un grand d’Espagne. Il entra dans ma chambre, me montra mes lettres et me prouva par notre correspondance qu’il n’avait jamais décliné notre invitation, mais que, bien au contraire, il s’était rangé à toutes nos conditions. Sous l’impression de la joie sincère que j’éprouvai de me trouver en présence de cet homme remarquable et surtout de le voir diriger lui-même son opéra, j’oubhai mon embarras et m’engageai avec un empressement véritable à faire l’impossible pour le contenter. En m’écoutant, Spontini eut un sourire de satisfaction presque enfantine, mais lorsque je le priai (pour lui enlever d’emblée tous les doutes qu’il pouvait avoir sur ma franchise) de diriger