PREMIÈRE RÉPÉTITION DE LA « VESTALE
lui-même la répétition du lendemain, il devint très soucieux et parut y découvrir mille difficultés.
Pensif, embarrassé, il ne s’expliquait pas ouvertement, de sorte qu’il m’était difficile de deviner comment je pourrais le décider à accepter. Après quelque hésitation, il me demanda enfin avec quelle espèce de bâton je dirigeais. Je lui indiquai de la main la grandeur et la grosseur de la baguette en bois ordinaire dont nous nous servions et qu’au besoin le valet de l’orchestre recouvrait d’un papier blanc propre. Il soupira et s’informa s’il me serait possible de faire fabriquer pour le lendemain un bâton en ébène, gros et long comme cela (il m’indiquait les mesures sur son bras tendu) et dont les deux bouts fussent garnis d’un assez gros bouton d’ivoire. Je lui promis que pour la première répétition je lui trouverais un instrument qui serait au moins ressemblant et que, pour la représentation, il en aurait un absolument impeccable. Visiblement soulagé, Spontini passa alors la main sur son front et me permit d’annoncer sa présence pour le lendemain. Puis il retourna à son hôtel, non sans m’avoir fait encore de sérieuses recommandations pour la confection de son bâton.
Je croyais rêver et courus annoncer la nouvelle de ce qui nous arrivait. Nous étions pris. La Devrient s’offrit comme bouc émissaire, et moi je conférai avec le menuisier du théâtre à propos du fameux bâton. On réussit à s’en procurer un de la longueur et de l’épaisseur voulues ; il était noir aussi, avec deux gros boutons blancs. La répétition put donc commencer. Spontini parut d’abord mal à l’aise à sa place de directeur de notre orchestre. En pre-