EXIGENCES DE SPONTINI
mier lieu, il souhaita voir les hautbois placés derrière lui ; mais comme ce changement eût amené pour Tinstant un démembrement complet dans les rangs des musiciens, je lui promis qu’aprês cette répétition, je prendrais des mesures en conséquence. Il se tut et s’empara de son bâton. Je sus alors pourquoi il attachait tant d’importance à ses dimensions. Spontini ne le saisissait pas par un bout comme les autres directeurs ; il l’empoignait au milieu comme un bâton de maréchal et s’en serv^ait, non pour diriger, mais pour commander.
Dès les premières scènes, il régna au théâtre une confusion qui devint de plus en plus grave parce que les explications du maître données en un allemand embrouillé étaient incompréhensibles à l'orchestre et aux chanteurs. Mais ce que nous comprîmes fort bien, c’est qu’il ne considérait pas cette répétition comme définitive et qu’il avait l’intention de faire jouer son opéra tout autrement que nous ne l’avions étudié. Le désespoir s’empara de nous et particulièrement de mon bon vieux Fischer, régisseur et chef des chœurs, qui m’avait aidé avec tant d’enthousiasme à obtenir cette invitation à Spontini. Il voyait le répertoire complètement bouleversé et il entra peu à peu dans une colère aveugle qui lui faisait prendre pour une chicane toute observation du maître. A la fin, il lui répondit en allemand par les pires grossièretés. Une fois, l’Italien m’appela près de lui pour me chuchoter à propos d’un chœur qui venait de finir : Mais, savez-vous, vos chœurs ne chantent pas mal. Fischer, qui l’avait observé, soupçonneux, me demanda alors furieux : « Que dit-il encore, le vieux c.? » Je réussis