EXIGENCES DE SPONTINI
à grand'peine à calmer cet enthousiaste sitôt déçu. Le plus grand arrêt fut causé au premier acte par l’évolution de la marche triomphale. Spontini exprima avec une bruyante ardeur son mécontentement de l’indifférence du peuple au passage des Vestales. Sa vue basse l’empêchait de voir ce qui se passait sur la scène et il n’avait pas remarqué que, sur l’ordre de notre régisseur, tous les figurants ployaient le genou à l’arrivée des prêtresses. Il exigea que le respect religieux de l’armée se manifestât d’une manière drastique, par le choc des épées sur le sol au moment où les guerriers romains se jettent à terre. Il fallut essayer nombre de fois, et toujours quelques lames cliquetaient trop tôt ou trop tard.
A plusieurs reprises, Spontini commanda lui-même la manœuvre en frappant de son bâton sur le pupitre. Rien n’y fit. Le bruit n’était jamais ni assez soudain ni assez énergique. Je me souvins alors de la remarquable précision avec laquelle de semblables évolutions s’exécutaient à Berlin et de l’impression qu’elles m’avaient produite autrefois à la représentation de Fernand Cortez ; je compris qu’il nous faudrait beaucoup de temps encore pour donner à notre mollesse la fermeté qu’exigeait le maître et satisfaire à ses exigences.
Après le premier acte, Spontini monta lui-même sur la scène, il croyait y trouver encore les artistes et voulait leur expliquer la nécessité d’un ajournement considérable de la représentation, afin qu’il eût le temps de les faire exercer selon ses idées dans les répétitions les plus variées. Mais sur les planches, c’était une débandade complète : chanteurs, régisseurs et figurants s’étaient sauvés
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