‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 79 sur 276 · RÉPÉTITIONS DE LA « VESTALE · texte numérisé non relu

RÉPÉTITIONS DE LA « VESTALE

de tous côtés pour donner libre cours aux plaintes que leur inspirait la détresse de la situation. Il n’y restait plus que les machinistes, les lampistes et quelques choristes qui, rangés en demi-cercle autour de Spontini, écoutaient le maître pérorer avec une émotion incroyable sur le véritable art théâtral. J’interrompis cette scène pénible, persuadai à Spontini que son inquiétude était vaine et l’assurai que tout marcherait à souhait.

De plus, je lui annonçai que M. Édouard Devrient, qui avait vu les représentations de la Vestale à Berlin, viendrait dresser le chœur et les figurants, de telle sorte que les prêtresses fussent reçues avec tout le respect voulu. Je parvins enfin à le retirer de la situation absurde dans laquelle il s’était fourvoyé ; nous fîmes le plan des répétitions telles qu’il les voulait et, en vérité, j ’étais le seul qui ne fût pas mécontent de la tournure que prenaient les choses. Malgré ce qu’elle avait de burlesque, je voyais dans la conduite de Spontini une énergie qui me faisait comprendre comment il avait pu poursuivre et atteindre un des buts de l’art théâtral que notre époque a presque perdu de vue.

Nous débutâmes par une répétition au piano. Le maître comptait l’employer à communiquer ses instructions aux chanteurs. Nous n’apprîmes pas grand’chose de neuf : il fit moins d’observations particulières sur la diction que d’épanchements sur l’interprétation en général. Je constatai qu’il avait la coutume de traiter avec des égards spéciaux les chanteurs renommés, tels que Mme Schrœder- Devrient et Tichatschek. Il interdit seulement à ce dernier de prononcer le mot Braut (fiancée), que la traduc-

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