ÉTUDE DE « RIENZI
famille où jadis il avait passé des jours heureux. Il m’accueillit comme l’enfant de la maison et c est chez lui, que nous, les errants, nous trouvâmes le foyer de la patrie qui nous était devenue étrangère. Nous passâmes presque toutes nos soirées chez Heine en compagnie de papa Fischer et, tout en nous abandonnant a des conversations pleines d’espoir, nous faisions honneur aux harengs et aux pommes de terre qui composaient 1 ordinaire du repas.
Mme Schrœder-Devrient était absente de Dresde, en vacances. Tichatschek allait prendre les siennes aussi, je ne pus donc lui faire qu’une courte visite et parcourir rapidement avec lui quelques passages de sa partie de Rienzû Son naturel alerte et s^mipathique, sa voix admirable, son grand talent musical donnèrent un poids énorme et réjouissant aux assurances qu’il me fit du plaisir qu’il aurait à jouer le rôle de Rienzi. Heine m affirma en outre que le ténor était ravi de la perspective d’endosser les costumes variés, principalement une armure argentée, qu’exigeait le personnage. Je pouvais donc être sûr de lui. Dès lors, il m’était permis de m’occuper des préparatifs d’étude de l’opéra, étude qui devait commencer à la fin de l’automne, lorsque les chanteurs rentreraient de leur congé. J’avais surtout à tranquiUiser mon ami Fischer en me montrant disposé à faire dans la trop longue partition les coupures qu il exigeait. Il étaitTsi remph de bonnes intentions que volontiers, je me mis à l’œuvre avec lui pour exécuter cet élagage difficile. Dans la salle de répétition du Théâtre de la Cour, m’aidant d’un vieux piano, je jouai et chantai toute
LE CONSEILLER KÜSTNER
ma partition à Fischer étonné, et je mis une telle énergie a cette besogne'qu’après avoir pris son parti du clavecin que j abîmais, mon ami eut des craintes sérieuses pour mes poumons. Bientôt, il renonça, en riant de bon cœur, à toute discussion sur les passages à biffer, car là où une coupure était à son sens nécessaire, je lui démontrais qu’il s’agissait précisément d’une partie très importante. Tête baissée, il se plongea donc avec moi dans les monstrueux flots d’harmonie dont il ne sut enfin contester l’admissibilité qu’en tirant sa montre. Je cherchai vainement à lui prouver qu’elle marchait mal. Je lui sacrifiai, d’un cœur d’ailleurs léger, la grande pantomime et presque tout le ballet du second acte, et je crus avoir bien gagné une demi-heure ainsi. Puis, à la garde de Dieu, on confia l’œuvre colossale à la plume des copistes...
Nous songeâmes alors à ce que nous ferions le reste de lété et je me décidai à séjourner quelques mois à Tœplitz, l’endroit auquel je devais mes premières et enivrantes impressions de jeunesse. Le bon air et les bains en seraient, me semblait-il, profitables à la santé délabrée de Minna.
Mais avant de réaliser ce projet, je dus me rendre derechef à Leipzig pour assurer le sort de mon"Fliegender HoUaender. On m’avait prévenu que M. de Küstner, le nouvel intendant de Berlin, venait d’y arriver. Le 5 mai, je me fis donc annoncer chez lui. Il se trouvait dans la singulière situation de devoir faire représenter à Berlin 1 opéra qu il avait refusé à Munich et cela parce que l’œuvre avait été acceptée par son prédécesseur. Il me