MANIÈRE DE DIRIGER DE SPONTINI
tition fut si durable que plus tard, de Paris, il m’adressa une aimable lettre pour me demander la particella de ces instruments. Il est vrai que sa vanité ne lui pennit pas de la désigner comme ayant été composée par moi ; il m’écrivit seulement : Envoyez-moi une partition des trombones pour la marche triomphale et de la basse-tuba, telle qu'elle a été exécutée sous ma direction à Dresde,
Je lui prouvai surtout ma déférence par le zèle avec lequel, comme il le souhaitait, j’exécutai le déplacement complet de l’orchestre. Ses idées à ce sujet étaient moins le résultat d’un système que d’une habitude et je compris l’importance qu’il y avait pour lui à ne pas y déroger lorsqu’il m’eut expliqué comment il dirigeait.
— Je ne dirige qu'avec le regard, me dit-il ; mon œil gauche est le premier violon, mon œil droit le second. Mais pour agir avec le regard, il est nécessaire de ne pas porter de lunettes comme le font les mauvais chefs d'orchestre, même quand on a la vue basse. Moi, ajouta-t-il confidentiellement, je ne vois guère à pas de moi et pourtant du regard j'obtiens tout ce que je veux.
Sa manière de disposer l’orchestre était au reste fort peu rationnelle ; ainsi l’habitude d’avoir derrière lui les deux joueurs de hautbois provenait certainement d’un ancien orchestre parisien où l’espace faisait défaut pour les placer ailleurs. Ces musiciens se voyaient ainsi forcés de détourner du public l’embouchure de leur instrument et notre excellent hautboïste fut si indigné de cette prétention qu’il me fallut prendre la chose en plaisanterie pour arriver à le calmer. Au demeurant, la disposition de l’orchestre était basée sur un système très juste.