SPONTINI ET L’ORCHESTRE
malheureusement presque tout à fait inusité en Allemagne. Spontini répartissait le quatuor des instruments à cordes d’une manière égale sur tout l’ensemble ; de même, au lieu de rassembler en un point tous les instruments de cuivre et les grosses caisses, il les séparait et les distribuait sur les deux ailes de l’orchestre, tandis que les instruments à vent plus délicats formaient ime chaîne appropriée entre les violons.
La coutume qui existe encore, dans les plus grands et les plus célèbres orchestres, de partager les instruments en groupes distincts, celui des instruments à vent et celui des instruments à cordes, est une véritable brutalité et une réelle méconnaissance de la beauté de la musique orchestrale, dont les sons doivent se fondre et se répandre également de tous côtés. Je fus très heureux que la visite de Spontini m’offrît l’occasion d’introduire cette heureuse innovation à Dresde. Le maître parti, il me fut facile d’obtenir du roi le maintien du changement qu’il avait exigé. Je n’eus qu’à corriger quelques bizarreries et particularités fortuites de son organisation pour av’^oir une disposition fort satisfaisante et efficace de l’orchestre.
Malgré les excentricités dont Spontini faisait preuve dans les répétitions, cet homme exceptionnel fascinait les musiciens et les chanteurs au point de leur faire vouer une attention particulière à la représentation. Il montrait entre autres une énergie extraordinaire à exiger une forte accentuation du rythme. Dans ses rapports avec l’orchestre berlinois, il avait pris l’habitude, dont je ne saisis pas tout d’abord le sens, de désigner la note marquante par les mots : celle-là, Tichatschek, véritable génie