EFFROI DES ALTOS
du chant rythmique, en fut enchanté, car ü avait coutume lui-même, lorsque les choristes avaient une entrée importante, de les amener à une précision spéciale en leur afi&rmant qu il suffisait de bien accentuer la première note pour que le reste allât tout seul. Petit à petit, il régna dans notre théâtre un esprit favorable à Spontini ; seuls, les altos mirent quelque temps à revenir de la frayeur qu’il leur avait causée. L’accompagnement de ces instruments dans la lu^bre cantüène de Julia, au finale du deuxième acte, ne répondant pas à l’idée du compositeur, celui-ci se tourna soudain vers les musiciens et leur cria d’une voix sépulcrale : La mort esUelle donc dans les altos? Les deux vieillards atteints d’hypocondi-ie et qui, à mon grand regret, se cramponnaient à leur pupitre malgré leur droit à la retraite, crurent entendre une menace et levèrent des yeux épouvantés vers Spontini. Pour les ramener à la vie, je dus leur expliquer sans apprêt théâtral ce que le maître voulait d’eux.
Siu: la scène, M. Édouard Devrient était très actif et réussissait à former un ensemble expressif. Il savait toujours nous tirer d’affaire vis-à-vis d’exigences qui nous mettaient dans un grand embarras. Nous avions décidé de donner l’opéra avec les coupures en usage dans tous les théâtres allemands et de le terminer sur le duo enflammé et soutenu par le choeur, que Licinius et Julie font entendre après la délivrance de celle-ci. Mais le maître s’obstina à y ajouter la scène finale et le ballet qui caractérisent 1’ « opéra séria » français : il lui était trop pénible de voir sa brillante œuvre s’achever dans un décor mortuaire. Il fallut donc transformer la mise en