SPONTINI SE JUGE LUI-MÊME
passer six mois à Dresde. Nous pourrions en même temps profiter de Toccasion pour faire jouer ses autres opéras sous sa direction, Agnès de Hohenstaufen, entre autres.
Pour me faire comprendre qu* après Spontini la carrière de compositeur dramatique n'en était plus une, il commença par m'adresser cet éloge singulier : Quand fai entendu votre Rienzi, fai dit : c*est un homme de génie, mais il a déjà fait plus qu*il ne peut faire. Et expliquant ce qu'il entendait par ce paradoxe, il s'exprima ainsi : Après Gluck, c'est moi qui ai fait la grande révolution avec la Vestale ; fai introduit le « Vorhalt de la sexte » dans Vharmonie, et la grosse caisse dans Vorchestre; avec Cortez, fai fait un pas en avant; puis fai fait trois pas avec Olympie. Nurmahal, Alcidor et toid ce que fai fait dans les premiers temps de Berlin, je vous les livre, c était des œuvres occasionnelles. Puis j'ai fait cent pas en avaiit avec Agnès de Hohenstaufen où fai imaginé un emploi de l'orchestre remplaçant parfaitement l'orgue. A partir de cette époque il s'était occupé souvent d'un autre sujet encore : les Athéniennes. Le Kronprinz, actuellement roi de Prusse, l'avait même engagé vivement à achever ce travail. Tout en parlant, Spontini tirait de son portefeuille, comme preuves de ses dires, quelques lettres du monarque qu'il nous donna à lire.
Il ne continua son discours que lorsque nous eûmes pris consciencieusement connaissance de ces épîtres. Si, malgré ces encouragements flatteurs, il avait renoncé à la composition musicale de ce sujet, fort bon du reste, c'est qu'il se sentait incapable de surpasser son Agnès de Hohenstaufen et de trouver quelque chose de nouveau.
ii6 SES RÉFLEXIONS SUR SES PROPRES ŒUVRES
Il conclut donc : Or, comment voulez-vous que quiconque puisse inventer quelque chose de nouveau, moi Spontini, déclarant ne pouvoir en aucune façon surpasser mes œuvres précédentes; d'autre part, étant avisé que, depuis la Vestale, il n'a pas été écrit une note qui ne fût volée à mes partitions? Et pour certifier que ceci n'était pas seulement une phrase, mais reposait sur des recherches scientifiques, il en appela à sa femme qui avait lu avec lui la volumineuse dissertation d'un membre célèbre de l'Académie française.
Pour certains motifs, on n'avait pas imprimé cet écrit qui était de la plus grande valeur scientifique; mais il était prouvé que sans le « Vorhalt de la sexte » inventé par Spontini dans sa Vestale, il n'existerait pas de mélodie moderne, toute forme mélodique employée depuis lors étant simplement empruntée à son œuvre.
J'étais ahuri. J'espérais cependant le faire revenir à une meilleure opinion de ses compositions futures. Je me déclarai convaincu que son fameux académicien avait dit vrai, mais je lui demandai pourtant s'il ne croyait pas qu'un poème dramatique, d’une tendance poétique inconnue et inédite encore, ne le pousserait pas à faire de nouvelles trouvailles musicales. Il sourit avec pitié et me démontra que ma question renfermait une erreur : En quoi consisteraient ces trouvailles? Dans la Vestale, j'ai composé un sujet romain, dans Fernand Cortez, un sujet espagnol mexicain, dans Olympia, un sujet grec macédonien, enfin dans Agnès de Hohenstaufen, un sujet allemand : tout le reste ne vaut rien. Il supposait bien que je n'entendais point parler du genre