‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 89 sur 276 · MORT DE SPONTINI · texte numérisé non relu

MORT DE SPONTINI

mais Spontini ne nous parla que de T anoblissement et non de Tordre, qu'il trouvait trop commun. Avec une joie presque enfantine, il donnait cours à sa vanité satisfaite. Du coup, il était tiré de ses soucis dresdois à propos de la Vestale et transporté comme par miracle dans le royaume de la gloire d'où il considérait avec béatitude le monde et les déboires des compositeurs d'opéras. Moi et Rœckel, nous bénissions le Saint-Père et le roi de Danemark. Nous prîmes un congé attendri de ce vieillard remarquable et, poui* le rendre tout à fait heureux, je lui promis de songer sérieusement au conseil d'ami qu'il m'avait donné à propos de la composition d'opéras.

Dans la suite, j'ai appris que Spontini avait encore une fois parlé de moi ; c'est lorsqu'il sut que je m'étais sauvé de Dresde et que, réfugié politique, j'avais cherché asile en Suisse. Il crut que j'avais participé à un complot contre le roi de Saxe ; comme celui-ci était, à ses yeux, mon bienfaiteur, et que j'avais été son maître de chapelle, il s'écria douloureusement surpris : Quelle ingratitude!

Sur sa fin, Berlioz, qui n'avait pas quitté son chevet, m'a raconté qu'il s'était débattu violemment contre la mort, s'écriant à plusieurs reprises : Je ne veux pas mourir, je ne veux pas mourir! et comme Berlioz pour le consoler lui disait : Comment pouvez-vous penser 'mourir, vous, fnon maître, qui êtes immortel! il lui répüqua, irrité : Ne faites pas de mauvaises plaisanteries,

fi Malgré toutes les singulières expériences et les souvenirs que me laissait Spontini, j'ai été fortement impressionné par la nouvelle de son décès, qui me parvint à Zurich. J'écrivis mes impressions et mon jugement sur

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