‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 90 sur 276 · SYMPATHIE POUR SPONTINI · texte numérisé non relu

SYMPATHIE POUR SPONTINI

lui dans un article succinct à la Eidgenôssiche Zeitung et j’appuyai principalement sur la difïérence qui existait entre lui et le tout-puissant Meyerbeer et même le vieux Rossini ; cette différence résidait dans la foi véritable que Spontini avait en lui-même et en son œuvre. Mais je n’ai pas dit que j’avais constaté avec peine que cette foi était devenue ime folle idolâtrie de sa propre personne.

Je ne me rappelle plus si à Dresde j’ai trouvé matière à réflexion dans les bizarres impressions que m’avait laissées ma rencontre avec Spontini et si j’ai cherché sérieusement à les faire ^ccorder avec l’admiration toujours grandissante que je ressentais pour le célèbre maître. Je n’avais évidemment appris à connaître que sa caricature, mais il devait posséder, dans ses plus jeunes années déjà, les germes d’une vanité exceptionnelle qui, sans doute, n’avaient fait que de se développer. Ce que par son exemple on peut prouver, c’est la décadence réelle de l’art musical et dramatique à une époque qui a laissé Spontini vieillir dans le vague et le néant de sa situation de Berlin. Son jugement avait certainement baissé ; il attachait une importance étonnante à des bagatelles où il voyait son principal mérite. Cependant il avait beau exagérer d’une façon ridicule la valeur de ses œuvres, à mes yeux, cette valeur n’en était pas diminuée. Je trouvais justifiée la satisfaction qu’il éprouvait de lui-même quand il se comparait aux grandeurs musicales qui le supplantaient, et je partageais, plus que je n’aurais osé le dire à haute voix, son mépris pour ces célébrités. De sorte que, chose singulière, cette rencontre de Dresde, malgré tous ses côtés ridicules, m’inspira pour cet homme une sympathie etonnante.

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