MUSIQUE BANALE DE CET OPÉRA
Torchestre; moi je trouvais aussi qu’appeler trop fré*quemment des musiciens étrangers à diriger personnellement leurs œuvres, amènerait à la longue des perturbations qui ne seraient pas toujours aussi instructives et amusantes qu’avec Spontini. Il fut donc décidé que je garderais la direction de l’opéra.
Combien j’ai dû le regretter ! La partition arriva. Le compositeur du Templier avait doté le misérable libretta de Cari Golmik d’une musique si superficielle qu’en fin de compte l’effet principal se trouva être basé sur une vulgaire chanson bachique à quatre voix qui célébrait le vin et le Rhin allemands à la façon banale des quatuors d’hommes. Je failhs perdre courage. Cependant, il n’y avait plus moyen de reculer et il me fallut prendre ma mine sérieuse pour obliger les chanteurs à persévérer dans leur étude. Ce fut dur. Tichatschek et Mitterwurzer tenaient les rôles principaux ; tous les deux, bons musiciens, déchiffraient leur partie à livre ouvert et, après chaque morceau, ils levaient les yeux vers moi pour voir ce que j’en pensais.
Je prétendis que c’était de la bonne musique allemande et qu’ils ne devaient pas se laisser dérouter. Ils se regardèrent étonnés et ne surent que penser de moi. Finalement, ils n’y tinrent plus, et comme je gardais toujours mon air sérieux, ils éclatèrent d’un rire auquel je ne pus m’empêcher de prendre part. Force me fut alors de faire d’eux les confidents de ma détresse ; je les suppliai, puisque aussi bien on ne pouvait rien y changer, de s’affubler comme moi du masque grave qu’exigeaient les circonstances.