DÉCADENCE DE MARSCHNER
avait, au contraire, une anicroche dans la composition d'opéras allemands et qu'on devrait se soucier beaucoup plus des exigences des chanteurs en leur donnant l'occasion de faire briller les quahtés de leurs voix. Luimême ne s'en était pas suffisamment occupé jusqu'à présent.
La décadence extraordinaire du vieux maître allemand, qui avait été doué d'un si remarquable talent, reposait donc en grande partie sur un acte de volonté et un changement de manière qu'il croyait couronné de succès.
Bien des années plus tard, j'ai retrouvé Marschner à Paris, lors de mon aventureuse représentation de Tannhàuser. Je n'éprouvai aucune envie de me rapprocher de lui ; franchement je ne tenais pas à être témoin des dernières conséquences du changement dont il nous avait donné l'explication à Dresde. J'appris qu'il était à peu près tombé en enfance et tenu en lisière par sa vaniteuse femme dont l'ambition cherchait à faire reluire sur son mari un dernier rayon de prestige parisien. C'est alors que je lus des réclames en sa faveur où l'on adjurait le public français de ne pas croire que ce fût moi qui représentais l'esprit allemand dans la musique contemporaine. Pour peu qu'on voulût entendre les œuvres de Marschner, on verrait que cet esprit allemand était bien plus souple et plus compréhensible dans ses compositions à lui que dans les miennes. Il mourut avant que sa femme eût réussi à démontrer la vérité de ce qu'elle avançait là.
En compensation, j'avais à Dresde de bons rapports, amicaux et familiers, avec Ferdinand Hiller. Meyerbeer aussi s'était fixé dans la capitale saxonne, on ne savait