LE CHIEN F I PS
partition de la Walkyrie. J'en terminai enfin la copie au mois de mars de cette année 1856. Ces douleurs, jointes à la fatigue du travail, m’avaient extrêmement énervé. Je me souviens de l’humeur détestable avec laquelle je reçus nos amis Wesendonck lorsque, le soir de l’achèvement de ma partition, ils vinrent me faire une sorte de visite de congratulation. Je m’exprimai avec tant d’amertume sur cette façon de s’intéresser à ma besogne que mes pauvres visiteurs blessés et stupéfaits se hâtèrent de lever la séance. Les jours qui suivirent, il me fallut leur donner toute sorte d’explications fort compliquées pour réparer mes torts et leur faire oublier peu à peu la mortification que je leur avais infligée. La diplomatie de ma femme me fut d’un grand secours pour raccommoder les choses. C’est qu’un lien spécial s’était formé entre les Wesendonck et Minna depuis qu’ils lui avaient fait cadeau d’un aimable petit chien pour remplacer Peps. C’était une bête si bien élevée et si caressante que ma femme l’aima bientôt tendrement ; moi, je l’affectionnai aussi. Pourtant je laissai ma femme lui choisir un nom : elle trouva Fips, sans doute comme pendant à Peps. Ce Fips devint plutôt l’ami de Minna que le mien, car malgré mon sentiment d’équité et tout en constatant les bonnes qualités de nos nouveaux animaux, je n’arrivai pas à éprouver pour eux l’amitié qui nous avait unis Peps, Papo et moi.
A l’époque de mon anniversaire de naissance, fin mai, j’eus la visite de mon vieil ami Tichatschek de Dresde, qui conservait pour moi un attachement et un dévouement enthousiastes. Autant du moins que ces senti-