CARACTÈRE DE NOS RÉUNIONS
un jugement : il craignait d'avoir été influencé par la virtuosité des exécutants. Ensuite, on joua à deux pianos des œuvres symphoniques de Liszt. Au banquet, la conversation tourna en discussion à propos de Henri Heine sur lequel Liszt exprima des opinions captieuses. Mme Wesendonck lui ayant demandé s'il ne croyait pas que le nom de Heine serait inscrit au temple de l'Immortalité, Liszt répondit vivement : « Oui, mais avec de la boue », réplique qui, bien entendu, produisit une certaine sensation.
Nos réunions furent malheureusement interrompues par la maladie de Liszt, qu'une éruption sur tout le corps retint au lit assez longtemps. Dès qu'il fut quelque peu rétabli, nous retournâmes au piano, afin d'essayer ensemble les deux partitions achevées de l'Or du Rhin et de la W al kyrie. La princesse Marie écoutait attentivement ; elle fut même capable d'expliquer aux auditeurs quelques passages difficiles du poème.
La princesse Caroline semblait aussi fort désireuse de saisir la véritable « intrigue » de la destinée des dieux dans mon Anneau des Niebelungen. Un jour, elle me fit venir chez elle, « en particulier », tout comme un professeur de Zurich. Je devais lui donner sur ce point les éclaircissements nécessaires et j'avoue avoir été intimement convaincu qu'elle désirait vraiment connaître les fils délicats et mystérieux de l'action. Mais elle exigea de moi une précision si mathématique qu'à la fin j'avais l'impression de lui avoir expliqué une pièce française à intrigue. La bonhomie de la princesse était aussi grande que sa vivacité et elle accepta un jour très gaiement une