‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 118 sur 376 · IRRITABILITÉ DE LISZT · texte numérisé non relu

IRRITABILITÉ DE LISZT

remarque de moi, justement à propos de cette vivacité : « S il me fallait vivre près de vous, lui dis-je, je serais mort au bout d’un mois ! »

J’éprouvai un vrai chagrin au sujet de sa fille Marie. Depuis que je l’avais vue pour la première fois, trois ans auparavant, elle s’était étonnamment fanée. Alors, je l’avais surnommée « l'Enfant »; maintenant, elle n’était déjà plus une jeune fille. Une violente déception semblait l’avoir mûrie avant l’âge et il fallait une grande excitation, le soir, en société, pour lui rendre son éclat et son charme naturels.

Je me souviens d’une charmante soirée passée chez Herwegh, ou Liszt s’enthousiasma pour un piano horriblement désaccordé avec autant d’ardeur que pour les mauvais cigares qu’il fumait alors de préférence. Lorsqu il se mit à improviser sur cet abominable instrument, ce fut si beau que nous ne crûmes plus à de la magie, mais à de la sorcellerie.

A mon sincère effroi, je constatai plusieurs fois chez Liszt 1 humeur irritable, presque querelleuse, qui s’était manifestée dans la malheureuse scène avec le jeune Ritter. Il n’était, entre autres, pas prudent de lui parler de Gœthe, surtout en présence de la princesse Caroline. Nous faillîmes ainsi avoir une altercation au sujet d’Egmont que Liszt méprisait parce qu’il se laisse duper par le duc d’Albe. Mais j’étais sur mes gardes et conservai assez de calme pour me désintéresser de la discussion et ne considérer que l’état physiologique de mon ami. Jamais il n’y eut de mots violents entre nous, mais penpant toute ma vie, j’ai gardé le sentiment obscur que la

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