‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 124 sur 376 · PUBLICATION DES « NIEBELUNGEN · texte numérisé non relu

PUBLICATION DES « NIEBELUNGEN

Lorsque le moment arriva de m’emménager dans ce que je croyais être l’asile définitif de mon existence, je me demandai quels moyens je pourrais bien employer pour donner précisément à cette existence une base solide. Je repris mes négociations avec les Haertel à propos des Niebelungen, mais ces éditeurs se montrèrent réservés et peu disposés à entreprendre une telle publication. Je m’en plaignis à Liszt en le priant de faire connaître au grand-duc de Weimar les difficultés que je rencontrais à éditer mes œuvres ; d’après ce que m’avait raconté mon ami, le prince désirait se constituer protecteur de ma tétralogie. Comme raison, j’alléguais que s’il était impossible d’exiger d’un simple marchand de musique qu’il eût le courage de se risquer dans une affaire si extraordinaire, on pouvait bien demander à un prince de s’y intéresser sérieusement. Pour lui, ce devait être un point d’honneur de contribuer à l’achèvement de mon œuvre. Donc, je demandais que le grand-duc prît la place de Haertel, qu’il m’achetât la composition et m'en payât la partie terminée. De la sorte, il en deviendrait possesseur et pourrait, plus tard, se dédommager de ses sacrifices en choisissant lui-même un éditeur. Liszt me comprit fort bien ; toutefois il me déconseilla de songer à Son Altesse Royale pour une entreprise de ce genre.

Alors mon attention se porta sur la jeune grandeduchesse de Bade. Depuis quelques années, Édouard Devrient était directeur du Théâtre de la cour à Carlsruhe et j’étais resté avec lui en bonnes relations, quoique intermittentes. Il m’avait encore écrit pour me féliciter de mes ouvrages sur Y Œuvre d'art de l'avenir et l'Opéra

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