‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 125 sur 376 · ENTRÉE DANS L’ « ASILE · texte numérisé non relu

ENTRÉE DANS L’ « ASILE

et le Drame. En ce qui concernait mes opéras, Devrient déclarait son théâtre trop faible pour qu'il pût songer à les y représenter. Mais cela changea subitement quand le grand-duc eut épousé la fille de la princesse de Prusse. Devenue indépendante à Carlsruhe, et influencée par ma vieille amie Alwine Frommann, la jeune grande-duchesse demanda instamment qu'on jouât mes œuvres au Théâtre de la cour. On les donna donc et Devrient me fit part du grand intérêt qu'y prenait la princesse : souvent même, elle assistait aux répétitions. J’en fus très agréablement surpris et, de mon plein gré, j'adressai à la grandeduchesse une lettre de remerciements à laquelle j'ajoutai comme feuillet d'album les Adieux de Wotan de la dernière partie de ma Walkyrie.

Ainsi arriva le 20 avril, jour où, sans pouvoir entrer dans ma maison qui n'était pas prête, je devais quitter mon appartement de Zeltweg, loué déjà à d’autres personnes. Nous nous étions refroidis moi et Minna en courant sans cesse, et même par le mauvais temps, à notre maison toujours remplie de maçons et de menuisiers négligents. Il nous fallut passer huit jours à l'hôtel. Nous étions de la plus désagréable humeur du monde et je me demandais s'il valait vraiment la peine de nous installer dans ce nouveau logis : un pressentiment me disait que le destin m'en chasserait un jour. Vers la fin avril nous y entrâmes de force. Il y faisait froid et humide ; les poêles ne chauffaient pas ; nous étions malades tous les deux et c'est à peine si nous pouvions quitter le lit.

Alors arriva un bon présage : la première lettre que je reçus dans cette demeure fut une très affectueuse et

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