‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 138 sur 376 · ATTENTAT D’ORSINI · texte numérisé non relu

ATTENTAT D’ORSINI

Strasbourgeois et, me sembla-t-il, brave homme très bienveillant. Il m'accompagna à l'hôtel, en me racontant, entre autres, comment il se faisait qu'on jouât cette ouverture dont l'exécution m’avait tant surpris. Un riche bourgeois mélomane de Strasbourg, qui avait déjà contribué pour une bonne part à l'érection du bâtiment du théâtre, avait fait un legs considérable à l'orchestre. Sa seule condition était qu'une fois par semaine celui-ci fît entendre une grande composition avant la représentation dramatique. Ce soir-là, par hasard, ç' avait été le tour de l'ouverture de Tannhatiser. De cette aventure, je conservai surtout un sentiment de jalousie envers Strasbourg, l'heureuse ville qui a donné le jour à un tel citoyen. Dans toutes celles où je m'étais occupé de musique, spécialement à Zurich, rien de pareil n'était jamais arrivé.

C'est pendant que je m'entretenais avec le chef d'orchestre Hasselmann des conditions musicales de Strasbourg qu’eut lieu à Paris le fameux attentat d’Orsini contre l'Empereur. En poursuivant mon voyage, le lendemain matin, je perçus de vagues rumeurs sur l’événement et le 17, à mon arrivée à Paris, le garçon de l'hôtel m'entretint de tous les détails de cette affaire. Moi, je n'y vis qu’un méchant coup du sort s'acharnant sur moi et, tout en déjeunant, j'apercevais en imagination mon ancienne connaissance, l'agent du ministère de l’intérieur, qui venait me sommer de vider les lieux parce que j'étais réfugié politique. Je me persuadai donc que je ferais meilleure impression sur la police si je m'installais au « Grand Hôtel du Louvre », ouvert récemment, et je quittai la gargote de la rue des Filles-Saint-Thomas où,

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