CARL T A U S I G
Weimar, je n'ai pas réussi à obtenir, et même par l'entremise de mon ami, que le grand-duc me reçût !
Peu de temps après cette excursion à Lucerne je vis arriver Cari Tausig chez moi ; il était muni d'une lettre de recommandation de Liszt. Tausig avait alors seize ans et frappait par son physique gracieux et frêle auquel s'alliait une maturité remarquable d'intelligence et de manières. A Vienne, où il s'était produit dans un concert, on l'avait surnommé le « Liszt de l'avenir ». Au demeurant, il semblait mériter ce titre, mais je constatai, à mon épouvante, qu’il fumait les cigares les plus forts qu'il pût se procurer. Sa résolution de passer quelque temps dans ma proximité me réjouit : à côté de son esprit encore demi-enfantin et pourtant très raisonnable, je dirai même presque rusé, son jeu absolument achevé et sa rapide compréhension musicale m'entretenaient fort agréablement. Il déchiffrait tout ce qu'on voulait et pour m'amuser employait son incroyable dextérité aux tours de force les plus extravagants. Il s'installa donc dans mon voisinage et devint mon convive à tous les repas ; il dut m'accompagner dans mes promenades régulières vers la vallée de la Sihl, mais il chercha bientôt à s'en dispenser. Il vint avec moi à Brestenberg; toutefois comme j'y allais presque chaque semaine constater les progrès de la cure chez ma femme, il ne tarda pas non plus à se libérer de ces excursions : Brestenberg et la société de Minna ne semblaient pas être de son goût. Cependant il ne put éviter de voir souvent cette dernière, lorsque, à la fin de mars, elle interrompit sa cure pour venir passer quelques jours près de moi et s'occuper des soins domestiques. Je m'aperçus
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