OFFRES DES THÉÂTRES DE BERLIN ET DE VIENNE
travail du deuxième acte de Tristan; les soirées passées avec Tausig m égayaient ; mes relations avec mes voisins n ayant jamais été hostiles, paraissaient se consti tuer telles que je pouvais les souhaiter pour l’avenir. Il était aussi permis d’admettre que lorsque ma femme, sa cure terminée, serait encore allée dans sa famille en Saxe, le temps aurait eu la puissance de faire tomber dans l’oubli tout ce qui s'était passé, effaçant le souvenir de la conduite de Minna et cicatrisant la blessure quelle avait portée à notre voisine. Des relations irréprochables se rétabliraient ainsi d’elles-mêmes entre les deux maisons. Ce qui rendait mon humeur si paisible, c’était la perspective de recevoir une agréable visite et les avances que venaient de me faire deux des plus grands théâtres allemands.
En juin, l’intendance de Berlin s’informa de Lohengrin et nous tombâmes rapidement d’accord. A Vienne aussi,
1 introduction forcée de Tannhâuser avait produit son effet sur la direction du Théâtre de la cour. L’excellent maître de chapelle Cari Eckert avait été chargé de la direction artistique de l’Opéra. Il profita de ce que, par une heureuse circonstance, celui-ci possédait un fort bon ensemble de chanteurs et que, d'autre part, la nécessité de restaurer la salle amenait la fermeture momentanée du théâtre, pour employer ce temps libre à l’étude d’une œuvre nouvelle et difficile. Il réussit à faire accepter son choix qui s'était porté sur Lohengrin et m’adressa ses propositions. J’aurais voulu des tantièmes comme les accordait Berlin, mais on ne put accéder à mon désir, ce vieux théâtre étant trop étroit pour qu’il fût possible d’y faire de fortes