‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 151 sur 376 · ESQUISSE DU DEUXIÈME ACTE DE « TRISTAN · texte numérisé non relu

ESQUISSE DU DEUXIÈME ACTE DE « TRISTAN

recettes. Alors un jour, je vis arriver de Vienne le chef de musique Esser. Il venait en personne régler la question et m'offrit, au nom de la direction, mille florins comptants pour les vingt premières représentations de Lohen grin et autant après la vingtième. Les manières pleines d'amicale confiance de l'honnête musicien me conquirent et tout de suite je conclus l'affaire avec lui. Immédiatement, Esser se mit à parcourir la partition avec moi, annotant consciencieusement toutes mes observations.

Lorsqu'il me quitta pour aller commencer à Vienne l’étude de Lohengrin, j'avais le meilleur espoir dans un véritable succès. Fort bien disposé, j'achevai au commencement de juillet l’esquisse de la composition du deuxième acte de Tristan , et je mis au net la première scène à peu près. Mais, à partir de ce moment, je fus constamment interrompu dans mon travail. Tichatschek était arrivé en visite et s'était installé dans ma petite chambre d’ami. Il voulait se reposer, disait-il, de ses dernières campagnes, car il se vantait d’être parvenu à faire remettre au répertoire dé Dresde mes opéras qui en avaient été exclus depuis si longtemps. « Et j y ai chanté triomphalement », ajoutait-il. On devait aussi y donner Lohengrin. Tout cela était fort agréable à apprendre, mais je ne savais vraiment que faire du brave homme toute la sainte journée. Heureusement Tausig comprit mon embarras et il se chargea d’occuper Tichatschek en jouant du matin au soir aux cartes avec lui. J'eus bientôt d’autres visiteurs encore : le jeune et célèbre ténor Niemann, dont on m avait beaucoup vante le talent, et sa fiancée, Mlle Seebach, actrice remarquable.

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