MON EXISTENCE RETIRÉE (PRINTEMPS
que pour le moment il ne pouvait guère être question de transférer mon domicile en Allemagne.
En dehors de ces préoccupations, j’étais constamment en correspondance avec les théâtres afin de me procurer les subsides assez élevés que nécessitait l’entretien de mon double ménage. Fort heureusement quelques scènes importantes s’étaient encore tenues sur la réserve vis-à-vis de mes opéras, de sorte que je pouvais espérer recevoir quelque argent de ce côté-là ; les revenus que j’avais retirés des théâtres plus pressés étaient épuisés depuis un certain temps. Le dernier qui demanda Tannhâuser fut celui de la Cour à Stuttgart, aussi éprouvai-je une sympathie spéciale pour cette ville, de même que pour Vienne qui, alors seulement, venait de donner Lohengrin et qui, après le succès de celui-ci, s’était vue obligée de représenter Tannhâuser aussi. Mes négociations avec le directeur Cari Esser aboutirent rapidement à un bon résultat.
Tout cela se déroula dans le courant de l’hiver et jusqu’au printemps de 1859. Au demeurant, je continuais à mener ma vie régulière et très retirée. Mon furoncle guéri, je pus, dès le mois de décembre, reprendre mes promenades à la Piazzetta et m’adonner enfin avec quelque continuité à mes travaux de composition. Je passai les fêtes de Noël et de la Saint-Sylvestre solitairement. La nuit, toutefois, je me trouvais souvent en nombreuse compagnie, car je faisais à cette époque des rêves d'une extrême vivacité.
Un soir, au commencement de janvier 1859, Cari Ritter se retrouva chez moi à l’heure habituelle. Le souci de faire représenter une pièce de théâtre dont il était l’au-