DÉCISION DE ME FIXER A PARIS
Carlsruhe ou dans les environs. Ceci eût suffi à^contenter le besoin que j’éprouvais d’entendre parfois un orchestre et des chanteurs. Il paraît que le grand-duc s’est vraiment adressé à cet effet au roi de Saxe, mais^on lui répondit qu’il était impossible de m’amnistier. Tout ce qu’on pouvait faire, c’était de me gracier après^que je me serais soumis à une enquête judiciaire. Mon souhait était donc irréalisable et c’est vainement que je recherchai le moyen de prendre personnellement part à la « première » de mon Tristan. On me disait toujours que le grand-duc saurait trouver ce moyen. Mais vers qui me tourner pour recevoir ce permis de séjour que je désirais si ardemment?
Après avoir longtemps réfléchi, je vis qu’il ne me restait d’autre ressource que de me fixer à Paris. Là, du moins, je pourrais entendre de temps en temps un bon orchestre ou un excellent quatuor, stimulant vital dont la privation m’avait été si pénible à Zurich. De plus, ce n’est qu’à Paris que j’aurais la certitude de pouvoir vivre sans être dérangé. Enfin il me fallait aussi prendre une décision à l’égard de ma femme. Nous vivions séparés depuis toute une année. A en juger par les lettres qu’elle m’écrivait, elle semblait avoir profité de la dure leçon que je lui avais infligée. J’étais donc en droit d’espérer qu’une vie commune serait supportable. D’ailleurs la question de son entretien pesa fortement dans la résolution où je m’arrêtai.
Nous convînmes donc qu’elle me rejoindrait à Paris à la fin de l’automne. Jusque-là, je m’occuperais du soin de notre installation et ferais venir de Zurich ce qui