RÉCEPTION DES WESENDONCK (SEPTEMBRE 1S
était resté de nos meubles et de nos ustensiles de ménage.
Mais avant tout il me fallait de l’argent et je ne savais à quelle source le puiser. Alors, je fis à Wesendonck la proposition que j’avais vainement faite au grand-duc de Weimar à propos des Niebelungen. J’offris de lui en vendre le droit de publication. Wesendonck accepta immédiatement et se déclara prêt à me payer pour chaque partie achevée de mon œuvre à peu près les honoraires que je pouvais espérer recevoir d’un éditeur futur. C’est ainsi que Wesendonck devint propriétaire de Y Anneau des Niebelungen.
Il me fut donc enfin possible de fixer mon départ au 7 septembre. Mais auparavant, je me rendis pour trois jours à Zurich, chez mes amis Wesendonck, où l’on me traita avec beaucoup d’égards; je revis mes anciennes connaissances, entre autres Herwegh, Semper et Gottfried Keller. Je passai avec eux une soirée au cours de laquelle s’éleva une violente discussion à propos des événements politiques d’alors. Semper prétendait voir dans l’Autriche vaincue le principe national allemand et dans l’élément roman, représenté par Louis-Napoléon, le despotisme assyrien contre lequel il éprouvait une haine de politique et d’artiste. Il s’exprima avec une si grande violence qu’il réussit même à attirer dans la discussion le taciturne Keller et celui-ci à son tour se livra à de telles attaques que Semper en fut vraiment désespéré et m’accusa de l’avoir attiré, en le faisant inviter par les Wesendonck, dans un traquenard plein d’ennemis. Pourtant nous nous séparâmes bons amis et dès lors, dans nos réunions, la discussion n’a plus jamais atteint ce diapason.