‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 186 sur 376 · OBSTACLES A LA REPRÉSENTATION DE « TRISTAN · texte numérisé non relu

OBSTACLES A LA REPRÉSENTATION DE « TRISTAN

œuvre me faisait concevoir tout le bien possible de 1 esprit français. Bientôt pourtant, je dus renoncer à la collaboration de Roger : sa situation et les efforts auxquels l’astreignait la recherche d’un nouveau point d’appui à son existence ne lui laissèrent pas trouver le temps de me répondre et, pour le moment, je le perdis complètement de vue.

Cet essai avec Roger était un peu l’effet du hasard ; je ne m’y étais guère senti poussé, par la simple raison que mon intention se bornait à trouver a Paris un lieu de séjour à ma convenance et rien de plus; mes regards comme artiste étant sans cesse tournés vers cette Allemagne où je ne pouvais rentrer.

Mais les choses changèrent d’aspect lorsque, de Carlsruhe, on m’annonça que décidément la représentation projetée de Tristan n’aurait pas lieu. Je ne sus démêler au juste d’où provenait le coup qu’on me portait là, l’entreprise m’ayant toujours semblé reposer sur des bases sérieuses.

Édouard Devrient m’écrivit que toutes ses tentatives pour se procurer une cantatrice propre au rôle d’Iseult avaient échoué depuis que je m’étais déclaré contre Mme Garrigues, alors déjà mariée au jeune Schnorr. Il ne savait pas du tout, disait-il, quel parti prendre, et le ténor Schnorr, qui m’était attaché, désespérait lui-même de venir à bout de la dernière partie de sa tâche. Je compris qu’il y avait là une perturbation dont je serais facilement devenu maître si l’on m’avait permis de séjourner à Carlsruhe, ne fût-ce que pour peu de temps.

Mais ce souhait, dès que j’osais l’exprimer de nouveau, semblait susciter contre moi une véritable exaspération.

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