‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 188 sur 376 · M. LUCY, FUTUR PROTECTEUR · texte numérisé non relu

M. LUCY, FUTUR PROTECTEUR

mes opéras de Tannhâuser et de Lohengrin et finalement aussi de Tristan. Un personnel choisi de chanteurs et de choristes allemands offrirait ainsi mes œuvres en spectacle au public parisien et à leur auteur. Avec ce projet dans la tête, je me jetai dans un courant tout différent de celui qui m'avait conduit à Paris. J'avais à m’occuper maintenant de faire des connaissances utiles et de voir des personnages influents. J’attendais avec impatience le retour de M. Gaspérini que je n’avais encore vu qu'en passant. Par lettre je lui avais immédiatement communiqué mes projets et j’espérais qu’il me mettrait en relations avec un M. Lucy de ses amis.

M. Lucy était alors percepteur général à Marseille ; on le disait riche et possédant du crédit. Le résultat de nos entretiens là-dessus fut que l'entreprise ne deviendrait possible que le jour où nous nous serions assuré un financier qui pût nous servir de garant ; mon ami Gaspérini avouait lui-même que j’avais eu une fort bonne idée en songeant à M. Lucy. Seulement, il lui semblait prudent d'expliquer notre requête avec circonspection, car, tout en possédant une « grande chaleur de cœur », M. Lucy était homme d'affaires et ne comprenait pas grand’chose à la musique. Nous jugeâmes donc qu’il serait utile de rendre le public parisien attentif à moi et à mes compositions : il fallait les lui présenter avec un certain éclat, afin de pouvoir établir nos futures démarches sur un premier succès. C'est ainsi que j’en vins à prendre la résolution d’organiser un grand concert. Pour me seconder dans l’exécution de mon dessein, j’eus recours à mon vieil ami Belloni, l’ancien secrétaire de

Page 1