‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 199 sur 376 · MAUVAISES RECETTES · texte numérisé non relu

MAUVAISES RECETTES

lement inquiet de ce que, dans cette salle qui m avait paru fort bien garnie, les recettes n’eussent pas été plus fortes. Nous avions encaissé cinq à six mille francs, mais les frais dépassaient onze mille francs. Ceux-ci eussent pu être couverts par un second concert moins onéreux, si l’on avait pu espérer de meilleures recettes. Mais Belloni et Gaspérini baissaient tristement la tête. Ils ne me dissimulèrent point que mon concert n’avait pas été du goût des Français, qui veulent du dramatique dans la musique, c’est-à-dire des costumes, des décors de ballets et autres choses de ce genre.

Au deuxième concert, le X" février 1860, il y eut si peu de places retenues que, pour sauver les apparences, mes agents se virent forcés de garnir artificiellement la salle. Il me fallut bien les laisser faire. Plus tard, j’ai été étonné d’apprendre comment ils s’y étaient pris pour peupler les premières places de ce théâtre aristocratique de telle façon que même nos ennemis n’y virent que du feu. La rentrée véritable ne comporta que deux mille francs et il fallut toute mon obstination et mon mépris des ennuis qui en découleraient pour ne pas décommander le concert du 8 février.

Mon ménage devenant plus dispendieux, j’avais consacré à ses besoins une partie des honoraires de Schott. D’autres subsides étaient donc nécessaires. J’en obtins, non sans peine, par l’entremise de Gaspérini, de l’homme sur lequel, au fond, j’avais compté pour une affaire autrement importante : c’était M. Lucy, le percepteur général de Marseille. Il devait arriver à Paris à l’époque de mes concerts. Mon ami Gaspérini avait

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