‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 200 sur 376 · IMPRESSIONS DIVERSES DU PUBLIC · texte numérisé non relu

IMPRESSIONS DIVERSES DU PUBLIC

admis qu’un gros succès de ma musique le déterminerait à prendre la grandiose initiative d’appeler une troupe allemande d’opéra dans la capitale de la France. Malheureusement, M. Lucy ne fut pas présent au premier concert ; au deuxième, il n’arriva que sur le tard et s’endormit. Comme on lui demanda une avance de quelques milliers de francs pour l’arrangement du dernier concert, il en conclut que ce prêt le débarrasserait de toute nouvelle prétention de notre part et il sacrifia volontiers cette somme a sa tranquillité. Quoique ce troisième concert parût assez préjudiciable a mes intérêts, je me réjouis de sa bonne exécution ainsi que de l’accueil d’un public que mes agents avaient dû, il est vrai, renforcer encore, mais parmi lequel les payants étaient cependant plus nombreux que précédemment.

Si j’étais mécontent du fiasco financier de mon entreprise, j’étais dédommagé par la satisfaction que j’éprouvai à constater l’effet considérable produit sur quelques personnes. Sans contredit, cette impression immédiate, jointe à l’effet indirect des violences de la presse, me mit fort en vedette à Paris. On admira surtout la crânerie dont j’avais fait preuve en n’envoyant d’invitation à aucun journal. J’avais deviné d’avance la tenue des critiques ; cependant je fus peiné qu’un M. Franc- Marie, de la Patrie , se crût obligé d’obéir au mot d’ordre de la camaraderie jusqu’à nier la sympathie que je lui inspirais, et cela après m’avoir témoigné sa vive gratitude à la fin du premier concert. Un article de Berlioz dans les Débats causa un véritable scandale : il commençait par des phrases entortillées et finalement m’atta-

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