‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 202 sur 376 · J’ESCOMPTE L’AIDE DE M"" SC H WA B E · texte numérisé non relu

J’ESCOMPTE L’AIDE DE M"" SC H WA B E

je tâchais de garder encore, l’horrible malaise qui régnait dans ma maison ne lui avait pas échappé ; elle s’efforça donc de remédier affectueusement aux inconvénients de notre situation, car elle n’ignorait pas non plus l’absence de sécurité matérielle où je me trouvais à Paris et qu’avait aggravée l’insuccès de mon entreprise. Les sommes énormes que m’avaient coûté mes concerts n’étaient plus un secret pour aucun de mes amis ; Malwida eut bientôt deviné dans quelle impasse j’étais acculé : de nul côté ne s’ouvrait de passage vers le résultat palpable qui eût pu compenser mes sacrifices. De sa propre initiative, elle décida que son devoir était de me venir en aide et, dans ce but, me fit faire la connaissance d’une Mme Schwabe, veuve riche d’un commerçant anglais; mon amie était institutrice de la fille aînée de cette dame. Malwida ne me dissimula pas les côtés désagréables de cette relation, mais elle comptait sur la bonté réelle ou imaginaire de cette femme assez grotesque et sur l’empressement qu’elle mettrait certainement à reconnaître l’honneur d’être reçue dans mon salon.

A vrai dire, tous mes moyens de subsistance étaient épuisés. Je n’eus le courage de nier ma pénurie qu’en apprenant que les Allemands établis à Paris songeaient à faire une collecte pour me dédommager du fiasco de mes concerts. J’en ressentis un tel malaise que je me hâtai de déclarer qu’on se trompait en supposant que ma gêne provenait des pertes que je venais de subir : je refusai tout secours dans ce sens.

Mais Mme Schwabe qui se montrait régulièrement à mes soirées, et qui régulièrement aussi s’endormait pen-

hommage de richard weiland

dant la musique, fut amenée par la sollicitude de Malwida à m’ouvrir sa bourse. C’était une somme d environ trois mille francs, et j'en avais besoin au suprême degré. Ne voulant point recevoir cet argent en cadeau, je signai un billet de ce montant avec échéance l’année suivante et l’offris à cette dame qui ne l’exigeait nullement. Si elle l’accepta, ce ne fut que pour ne pas me blesser. Mais lorsque le terme échut, je me vis dans l’impossibilité de payer ; je m’adressai alors à Mlle de Meysenbug, qui était toujours à Paris, pour qu elle priât Mme Schwabe, absente en ce moment, de bien vouloir prolonger d’une année le règlement de ce billet à ordre. Malwida me répondit très sérieusement que je pouvais m’épargner cette peine, car en me remettant les trois mille francs, la dame Schwabe n’avait eu d autre intention que de m’offrir une cotisation volontaire au succès d’une entreprise à laquelle elle avait été flattée de participer. Nous dirons ce qu’il advint de cette affaire.

Dans cette période si mouvementée de ma vie, l’hommage d’un citoyen de Dresde, Richard Weiland, me causa une surprise émue. Il m’envoya un objet d art assez bien fait : c’était une feuille de musique en argent encadrée de laurier et sur les portées de laquelle étaient gravées les premières mesures des thèmes principaux de mes opéras, y compris l'Or du Rhin et Tristan. Cet homme modeste est venu me voir plus tard et m’a raconté qu il n avait pour ainsi dire cessé de courir d’une ville a 1 autre pour suivre les représentations de mes opéras. Il se souvenait qu’à Prague l’ouverture de Tannhâuser avait dure vingt

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