SYMPATHIE DE ROSSINI ET DE HALÉVY
minutes, tandis qu’à Dresde, sous ma direction, il n’en avait fallu que douze pour l’exécuter.
J’eus aussi une rencontre agréable avec Rossini. Un journaliste faiseur d’esprit avait mis à son compte un bon mot qu’on se répétait : son ami Caraffa s’étant déclaré pour ma musique au cours d’un dîner, Rossini lui aurait offert du poisson, mais sans sauce, puisque l’autre prétendait aimer une musique sans mélodie. Tout de suite Rossini protesta ouvertement contre une telle accusation et affirma en termes formels et sérieux que c’était une « mauvaise blague » ; jamais, disait-il, il ne se serait permis une plaisanterie pareille à l’égard (l’un homme qu’il voyait en train d’élargir le domaine de son art. Après cela je n’hésitai pas à aller lui faire une visite ; Rossini me reçut avec une amabilité que j'ai décrite plus tard dans mes souvenirs sur ce compositeur italien.
Je n’eus pas moins de plaisir à apprendre que mon ancienne^connaissance Halévy avait amicalement pris parti pour moi dans la querelle que soulevait ma musique. Dans la première partie de ces mémoires j’ai parlé de la visite que je lui fis alors.
Cependant toutes ces entrevues encourageantes ne changèrent pas grand’chose au précaire de ma situation. J’attendais toujours avec impatience la réponse de l’empereur sur l’autorisation que j’avais demandée de répéter mes concerts au Grand Opéra. Vu l’absence de frais, c’était là ma seule possibilité de faire le bénéfice qui m’était si nécessaire. Il demeurait certain que le ministre Fould continuait à influencer le souverain contre moi. Ayant constaté que le maréchal Magnan